Les missions du poste

Établissement : Université d'Orléans École doctorale : Sciences de la Société : Territoires, Economie, Droit - SSTED Laboratoire de recherche : LÉO - Laboratoire d'Economie d'Orléans Direction de la thèse : Karine CONSTANT ORCID 0000000312343118 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-18T23:59:59 Cette thèse, inscrite à l'intersection de l'économie de l'environnement et de l'économie du développement, analyse les canaux par lesquels la déforestation amplifie la vulnérabilité économique des populations des pays en développement. Si les bénéfices économiques à court terme de la conversion forestière et ses effets négatifs à moyen et long terme via le changement climatique global sont bien documentés, la littérature a largement délaissé ses coûts économiques locaux, souvent différés et diffus, pour les populations locales. Ce projet propose une évaluation causale rigoureuse à travers trois chapitres mobilisant des méthodes de doubles différences (DiD) appliquées à des données géolocalisées combinant données satellitaires sur le couvert forestier et enquêtes socio-économiques locales.
Le premier chapitre examine comment la déforestation conditionne l'exposition aux inondations et les dommages économiques associés. Si la corrélation entre perte de couverture forestière et risque d'inondation est établie à l'échelle globale (Bradshaw et al., 2007), l'identification causale locale reste peu explorée. La stratégie repose sur la politique brésilienne PPCDAM (2004), qui a généré une réduction exogène et différenciée de la déforestation selon les municipalités (Carrillo et al., 2016) et permettra d'estimer l'effet causal de la déforestation sur la vulnérabilité aux événements extrêmes.
Le deuxième chapitre s'intéresse aux effets de la déforestation, motivée par l'extension de l'agriculture intensive, sur la santé et le capital humain des populations locales. L'expansion des monocultures (palmier à huile en Indonésie) crée des canaux ambigus : externalités négatives sur la santé (pollution atmosphérique, vecteurs de maladies, contamination de l'eau), mais aussi effet richesse positif susceptible d'accroître les investissements en santé et en capital humain (Qaim et al., 2020 ; Chrisendo et al., 2022). Le chapitre combinera données satellitaires et enquêtes indonésiennes (SUSENAS, PODES) pour identifier ces effets causaux.
Le troisième chapitre analyse le lien entre déforestation, spécialisation dans une culture d'exportation et vulnérabilité des ménages. La variation des prix agricoles internationaux expliquerait un tiers de la déforestation tropicale entre 2001 et 2018 (Berman et al., 2023), révélant une double dépendance : la déforestation est tirée par les prix, et les ménages devenus dépendants d'une culture spécifique subissent de plein fouet leurs retournements. Gouel et Laborde (2021) montrent par ailleurs que si les producteurs exportateurs nets peuvent bénéficier d'une amélioration de leurs termes de l'échange compensant le choc climatique, ce mécanisme est inaccessible aux producteurs dont les cultures sont peu intégrées aux marchés internationaux. Ce chapitre quantifiera dans quelle mesure la déforestation, en exposant les ménages aux chocs commerciaux et climatiques, aggrave leur vulnérabilité à la pauvreté.
Cette thèse déplace le regard de la littérature sur la déforestation de ses effets climatiques globaux vers ses coûts économiques locaux pour les ménages, en proposant une évaluation causale sur trois canaux dont l'identification empirique rigoureuse restait parcellaire dans la littérature. Elle éclaire également les arbitrages auxquels font face les décideurs entre valorisation à court terme des ressources forestières et résilience économique à long terme, dans un contexte de changement climatique qui amplifie ces tensions. La déforestation tropicale constitue l'un des défis environnementaux les plus pressants de notre époque. Entre 2000 et 2020, la planète a perdu environ 100 millions d'hectares de forêt tropicale, soit une surface équivalente à l'Union européenne (Hansen et al., 2013). Ce phénomène est quasi exclusivement le fait de l'extension agricole (plus de 90 % des conversions forestières), elle-même tirée par la demande internationale de cultures de rente (palmier à huile, soja, cacao, canne à sucre) et par les prix agricoles mondiaux (Berman et al., 2023). Si les bénéfices à court terme de cette conversion forestière sont bien documentés (revenus agricoles, emploi local, dynamisme des exportations), ses coûts économiques, souvent différés et géographiquement diffus, demeurent profondément sous-estimés dans la littérature.
Si la littérature économique sur la déforestation a été largement dominée par son prisme climatique global (émissions de CO, séquestration carbone, mécanismes REDD+), ses effets locaux sur les populations riveraines des pays en développement demeurent bien moins documentés. Cette thèse se propose d'investir ce pan sous-exploré de la littérature, en examinant trois canaux par lesquels la perte de couvert forestier accroît la vulnérabilité économique des ménages : la modification des régimes hydrologiques et l'exposition aux inondations ; la dégradation des écosystèmes et ses effets sur la santé et le capital humain ; la spécialisation dans des monocultures exposées aux chocs de prix et de productivité. Cette thèse s'inscrit à l'intersection de l'économie de l'environnement et de l'économie du développement. Elle se propose d'apporter, à travers trois chapitres complémentaires, des estimations causales rigoureuses des coûts économiques locaux de la déforestation au niveau des ménages. Les trois chapitres correspondent à de l'économie appliquée et seront abordées par le biais d'estimations causales, c'est-à-dire visant à identifier l'effet propre de la déforestation sur les diverses dimensions de la vulnérabilité économique étudiées, indépendamment de tout facteur confondant. Les trois chapitres partagent un cadre méthodologique commun fondé sur l'économétrie des données de panel géolocalisées.

Le profil recherché

Étudiante ou étudiant en économie, avec une formation solide en économétrie et d'excellentes notes en économie, notamment en économie du développement et en économie de l'environnement. Une expérience en recherche (stage de recherche, voie recherche) et en analyse de données géolocalisées est également fortement recommandée.

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