Thèse Éducation Société et Internationalisation en France au Xxie Siècle les Enjeux Démocratiques des Échanges Scolaires Linguistiques avec les Pays Anglophones H/F - Doctorat.Gouv.Fr
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Les missions du poste
Établissement : Université d'Orléans École doctorale : Humanités et Langues - H&L Laboratoire de recherche : REMELICE - REception et MEdiation de Littératures et de Cultures Etrangères et comparées Direction de la thèse : Karin FISCHER ORCID 0009000702502601 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-07T23:59:59 L'intégration des dimensions internationales et interculturelles dans les finalités, les fonctions et les modalités de l'éducation scolaire est un enjeu majeur du XXIe siècle. En France, conformément au cadre européen, chaque élève doit atteindre, à la fin du secondaire, une compétence dans la langue de scolarisation ainsi que dans deux autres langues. Cette exigence se traduit par l'apprentissage obligatoire de deux langues vivantes, dont l'anglais pour la quasi-totalité des élèves.
Parmi les moyens mobilisés par les écoles françaises pour intégrer les aspects internationaux et interculturels, les programmes d'échange linguistique jouent un rôle important en traduisant ces dimensions dans des expériences d'apprentissage concrètes pour les élèves. Or, bien qu'ils constituent de réelles occasions d'enrichissement linguistique et culturel, ces échanges soulèvent des questions quant à la mise en oeuvre des principes démocratiques dans la promotion de l'internationalisation et du plurilinguisme à l'école dans la société française, notamment en ce qui concerne les modalités d'accès et l'équité de la participation dans l'apprentissage de l'anglais. En effet, l'accès des établissements publics français aux programmes d'échanges linguistiques apparaît fortement conditionné par des cadres administratifs complexes et inégaux selon les académies, tandis que leur mise en pratique dépend encore largement de la motivation, de l'expertise et de l'engagement individuel des enseignants. De plus, depuis le Brexit, l'Irlande et Malte sont devenus les deux pays souverains majoritairement anglophones de l'Union européenne, restant relativement accessibles grâce au soutien communautaire. Ce changement géopolitique a eu aussi des implications profondes sur la participation et les exigences socio-économiques, que cette thèse devra examiner également. Ainsi, dans quelle mesure les programmes d'échanges scolaires linguistiques entre la France et les pays anglophones, conçus comme vecteurs d'internationalisation et de formation citoyenne, parviennentils à incarner les idéaux républicains de liberté, égalité et fraternité, face aux inégalités sociales, territoriales et institutionnelles qui conditionnent l'accès et l'inclusivité ?
Cette recherche cherche à combler un vide scientifique, puisque rares sont les travaux qui établissent explicitement un lien entre les programmes d'échange linguistique dans l'éducation française et les idéaux républicains. Elle n'est pas seulement innovante sur le plan académique, elle est également urgente sur le plan social. Elle se démarque des récits essentiellement laudatifs des programmes d'échanges linguistiques pour interroger leurs implications démocratiques afin de renforcer la finalité et l'efficacité démocratique des échanges entre la France et les pays anglophones. L'accent mis sur l'inclusion et l'équité s'inscrit dans les priorités affichées de l'UNESCO, de l'Union européenne et du programme Erasmus+, qui soulignent tous la nécessité de garantir un accès équitable aux programmes d'échanges internationaux et de réduire les inégalités structurelles dans l'éducation plurilingue et interculturelle.
L'étude mobilisera une méthodologie mixte : une approche qualitative comparative fondée sur l'analyse documentaire et des entretiens menés dans plusieurs académies, complétée par un questionnaire destiné aux établissements sélectionnés pour l'étude de cas.
En combinant des méthodes qualitatives et quantitatives, il s'agira de produire une compréhension nuancée de la manière dont les cadres institutionnels, les disparités socioéconomiques et les inégalités territoriales façonnent l'accès aux programmes d'échange. Ce faisant, l'étude contribuera à combler un vide critique concernant les dynamiques contemporaines des séjours scolaires linguistiques telles qu'elles s'inscrivent dans la société et la démocratie françaises. La littérature existante ne s'aligne pas nécessairement sur la problématique de cette recherche. Toutefois, elle permet d'examiner des travaux portant sur l'internationalisation, tel que Kessler et al. (2021), l'équité et l'inclusion dans l'éducation démocratique comme chez Duru-Bellat et al. (2020), Dubet (2004), Habermas (1992, 1996), Dewey (1916, 1983) et les rapports OCDE, les politiques linguistiques dans les établissements scolaires chez Beacco (2016) et Beacco et Coste (2018) et les cadres politiques français relatifs aux échanges scolaires linguistiques en s'appuyant sur les sources de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE), Erasmus+ de l'Union européenne et les cadres institutionnels. La littérature sur l'internationalisation (Kessler et al., 2021 ; Malet et Garnier, 2020 ; Malet & Liu, 2021 ; Malet, 2022) démontre que cette dernière ne se réduit pas à la mobilité, mais qu'elle engage des enjeux démocratiques et culturels liés à l'ouverture des établissements scolaires aux échanges mondiaux. Cette perspective rejoint les réflexions sur l'équité et l'inclusion dans l'éducation démocratique. Dubet (2004) montre que l'école juste ne peut se limiter à une égalité formelle des chances, mais doit mettre en place des dispositifs d'équité qui compensent les inégalités structurelles. Duru-Bellat et Dubet (2020) soulignent que l'égalité scolaire est un enjeu de survie pour la démocratie, car la reproduction des hiérarchies sociales fragilise la confiance civique. Ces analyses trouvent un écho dans les conceptions de la citoyenneté délibérative chez Habermas (1996), qui insiste sur la compétence communicationnelle et la participation inclusive, et dans la pédagogie démocratique de Dewey (1916), qui valorise l'apprentissage par l'expérience et la communauté. Les rapports de l'OCDE apportent un cadre comparatif et empirique, en objectivant les écarts d'accès et de réussite selon l'origine sociale et en proposant des politiques de compensation pour réduire les barrières à la mobilité et à l'apprentissage linguistique. Sur le plan des politiques linguistiques, le Conseil de l'Europe, à travers les travaux de Coste et al., 2009 ; Beacco et Coste, 2018 ainsi que les travaux de Zarate (Zarate et al., 2008, 2011), promeut une éducation plurilingue et interculturelle comme levier de cohésion et de culture démocratique. Les cadres institutionnels français et européens structurent les échanges scolaires linguistiques : l'AEFE inscrit ces mobilités dans une logique de diplomatie éducative, tandis que les circulaires nationales définissent les modalités pratiques et les conditions d'accès; le programme Erasmus+ de l'Union européenne fournit un cadre de mobilité et de coopération, mettant en avant des idéaux de citoyenneté, d'inclusivité et de solidarité transnationale. L'ensemble de ces références permet de situer les échanges scolaires linguistiques comme un terrain où se jouent les tensions entre internationalisation, équité et inclusion, et où se dessinent les enjeux démocratiques de l'éducation en France, en Europe et à l'international au XXIe siècle.
Le profil recherché
Diplôme de Master avec mémoire de recherche, dans le domaine des langues et de l'apprentissage des langues.