Les missions du poste

Établissement : Université d'Orléans École doctorale : Humanités et Langues - H&L Laboratoire de recherche : POLEN - Pouvoirs, Lettres, Norme Direction de la thèse : Noëlline CASTAGNEZ Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-11T23:59:59 Ce projet doctoral propose l'anatomie d'une « sortie de guerre » depuis la Libération jusqu'au milieu des années 1950 : celle de la Loire moyenne, constituée des trois départements ligériens (le Loiret, le Loir-et-Cher et l'Indre-et-Loire) selon Joël Mirloup. À rebours de la périodisation classique (avant-guerre / guerre / après-guerre), jugée trop téléologique et effaçant les situations intermédiaires (démobilisation, retour des absents, reconstruction ...), le concept de « sortie de guerre » insiste sur la continuité des violences, traumatismes et bouleversements politiques, sociaux et culturels au-delà du cessez-le-feu officiel. La thèse s'inscrit dans le renouvellement historiographique des sorties de guerre inauguré par Bruno Cabanes et Tony Judt et développé par des travaux jusqu'à ce jour sectoriels. Elle propose donc une approche plus problématisée et globalisante des lendemains de guerre. Elle permet ainsi d'interroger les expériences vécues plus ou moins sur le long terme, collectives et individuelles, militaires et civiles, afin d'intégrer à l'analyse le quotidien, les émotions et les représentations. Malgré ce foisonnement scientifique, aucune étude concrète et approfondie sur la sortie de la Seconde Guerre mondiale n'a encore été conduite grâce à et au prisme d'un territoire restreint. Cette thèse entend donc combler cette lacune historiographique.
Ce projet doctoral entend saisir comment un territoire et sa population passent de l'état de guerre à l'état de paix dans toutes les dimensions et temporalités de ce processus de transition. Suivant l'analyse de Guillaume Piketty, la thèse articulera quatre temporalités : l'arrêt progressif des combats, la Libération et le retour à l'ordre républicain ; le temps des retours (soldats, prisonniers et déportés) et des deuils ; la démobilisation culturelle et la reconstruction ; et enfin les politiques mémorielles.
Le choix de ces trois départements se justifie par la coexistence de différents phénomènes propres aux sorties de guerre. Plusieurs villes (Orléans, Blois, Tours...) ont été bombardées à la fois en 1940 et 1944, faisant de la région un laboratoire de la reconstruction avant même la Libération sous l'impulsion du préfet Morane dans le Loiret. La présence de trois camps d'internement (Beaune-la-Rolande, Pithiviers et Jargeau), dont le dernier ne ferme qu'en décembre 1945, entretient une mémoire locale de la déportation malgré le refoulement national, bien avant la création du CERCIL. La réinhumation solennelle de Jean Zay en mai 1948, ainsi que le lourd bilan humain du conflit dans le seul Loiret illustrent la longue portée des traumatismes. Enfin, la présence durable des troupes américaines, jusqu'en 1966-1967 dans le Loiret et en Touraine, génère une nouvelle forme d'occupation accompagnée de violences spécifiques. Toutes ces caractéristiques font donc de la Loire moyenne un observatoire idéal pour saisir une sortie de guerre dans toute sa globalité et complexité.
Du point de vue chronologique, on commencera l'étude lorsque Orléans et Blois sont libérées par les Américains les 16 et 17 août 1944, bien avant Tours en septembre 1944. Déterminer une date de fin est plus compliqué à cause de la richesse même du processus de transition. Néanmoins, plusieurs éléments tendent à choisir le milieu des années 1950, moment où la reconstruction laisse place à la construction, où de nouvelles régions administratives se dessinent (1956), où le 8 mai devient férié (1953) et une journée nationale du souvenir de la déportation est instaurée (1954) et où, enfin, la mobilisation pour la guerre d'Algérie constitue un nouvel avant-guerre.
A ce jour, aucune étude approfondie d'une 'sortie de guerre' sur un territoire donné n'a été menée en histoire: il y a donc une lacune historiographique. La Loire moyenne est un observatoire particulièrement riche pour étudier ce processus de transition, entre un état de paix et un état de guerre, après la Seconde Guerre mondiale avec des sources de diverses natures (y compris archéologiques et audiovisuelles). Application du concept de 'sortie de guerre' aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale à la Loire moyenne afin d'analyser ce processus de transition dans une perspective globalisante.

Le profil recherché

Solide formation à la recherche historique: capacité à problématiser et conceptualiser; capacité à dépouiller et croiser des sources diverses telles que archives militaires (SHD), archives policières (F7), archives départementales (rapports de préfet etc.) et municipales, archives orales (constitution et exploitation), archives iconographiques y compris audiovisuelles, archéologie contemporaine (bombardements); capacité à rédiger; capacité à vulgariser sa recherche.

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